Arnaque "affichage obligatoire" : les courriers frauduleux à éviter
Après votre création d'auto-entreprise, vous allez recevoir des courriers à l'aspect officiel vous demandant 100-500€ pour de fausses obligations légales. Tout savoir sur cette arnaque, comment la reconnaître, ce que dit la loi.
⚠️ Information importante
Si vous venez de créer votre auto-entreprise, vous allez probablement recevoir dans les semaines à venir un ou plusieurs courriers frauduleux à l'aspect officiel. Cet article vous explique tout pour ne pas tomber dans le piège.
L'arnaque expliquée en 30 secondes
Dès que vous créez votre micro-entreprise, votre SIRET et votre adresse sont publiés automatiquement et gratuitement dans l'annuaire SIRENE de l'INSEE, qui est public. Des sociétés peu scrupuleuses récupèrent ces données et vous envoient des courriers à l'aspect officiel pour vous vendre des "services obligatoires" qui n'existent pas ou qui sont normalement gratuits.
Le but ? Vous extorquer entre 100 € et 500 € en jouant sur votre méconnaissance des obligations légales et sur l'apparence officielle du courrier.
Les noms à reconnaître absolument
Voici les "sociétés" frauduleuses les plus connues. Elles changent souvent de nom pour passer entre les mailles :
- ANS - Annuaire National des Sociétés
- ENS - Édition Nationale des Sociétés
- Société Européenne d'Édition
- Compagnie Européenne d'Édition
- Registre National des Entreprises Commerciales
- Office Européen des Brevets, Marques et Modèles (faux nom proche d'organismes réels)
- Registre des Sociétés et Entreprises
- Annuaire Officiel des Entreprises
Caractéristiques du courrier piège :
- Aspect "officiel" : logos, en-têtes ressemblant aux administrations
- Vocabulaire administratif (« mise à jour », « inscription obligatoire », « publication légale »)
- Mention d'un délai court (« à régler sous 8 jours ») pour créer l'urgence
- Adresse de retour à Strasbourg, Lyon ou Paris (faux air de prestige)
- Tarif rond (150 €, 200 €, 350 €) avec virement bancaire à effectuer
Ce qui est VRAIMENT obligatoire (et gratuit)
Pour un auto-entrepreneur sans salarié (le cas de la quasi-totalité des micro-entreprises), il y a en réalité très peu d'obligations :
✅ Vos VRAIES obligations (toutes gratuites)
- Déclarer son chiffre d'affaires sur autoentrepreneur.urssaf.fr (mensuel ou trimestriel)
- Payer ses cotisations URSSAF (calculées automatiquement)
- Tenir un livre des recettes (cahier ou Excel suffit, ou logiciel gratuit)
- Déclarer la CFE (Cotisation Foncière des Entreprises) avant le 1er juin (formulaire 1447-C-SD, gratuit, sur impots.gouv.fr)
- Si activité commerciale BIC : tenir un registre des achats
- Si vous recevez du public : afficher vos prix et conditions de manière visible (à faire vous-même, gratuit)
❌ Ce qui N'EST PAS obligatoire (malgré ce que prétendent les courriers)
- Inscription dans un "annuaire national" payant (l'annuaire INSEE/SIRENE est gratuit et automatique)
- Publication d'une "annonce légale" (réservée aux sociétés, pas aux micro-entreprises)
- Kit d'affichage obligatoire (la plupart des affichages ne concernent que les entreprises avec salariés)
- Inscription au "Registre des Sociétés Commerciales" payant (le RCS est gratuit et géré par l'INPI)
- Service de "vérification SIRET" payant (gratuit sur insee.fr ou societe.com)
Ce que dit la loi française
Ces pratiques sont illégales et plusieurs textes les sanctionnent :
- Article L. 121-1 du Code de la consommation : interdit les pratiques commerciales trompeuses (faire croire à une obligation qui n'existe pas).
- Article L. 132-2 du Code de la consommation : sanctionne ces pratiques par 2 ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende (1,5 M€ pour les sociétés).
- Article 313-1 du Code pénal : qualifie d'escroquerie ces démarches (jusqu'à 5 ans de prison et 375 000 €).
- DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) publie régulièrement des alertes officielles sur ces arnaques.
- INPI confirme officiellement qu'aucune inscription complémentaire payante n'est nécessaire après la création.
Que faire si vous recevez un courrier suspect ?
- Ne payez surtout pas. Si vous avez déjà payé, contactez votre banque pour tenter d'annuler le virement.
- Jetez le courrier (ou conservez-le comme preuve si vous voulez signaler).
- Vérifiez auprès des sources officielles avant d'agir : service-public.fr, urssaf.fr, entreprendre.service-public.fr.
- Signalez l'arnaque :
- Sur signal.conso.gouv.fr (DGCCRF)
- Sur internet-signalement.gouv.fr (police nationale, plateforme PHAROS)
- Auprès de la gendarmerie ou du commissariat si vous avez payé (dépôt de plainte)
J'ai déjà payé, puis-je récupérer mon argent ?
Oui, c'est possible mais difficile. Voici les démarches à tenter dans cet ordre :
- Contacter votre banque immédiatement pour annuler le virement (possible dans les 1-2 jours ouvrés).
- Envoyer un courrier recommandé avec accusé de réception à la société frauduleuse pour exiger le remboursement (article L. 121-1).
- Déposer plainte au commissariat ou à la gendarmerie pour escroquerie.
- Signaler à la DGCCRF sur signal.conso.gouv.fr.
- Si plusieurs victimes : action collective via une association de consommateurs (UFC-Que Choisir, CLCV, etc.).
Comment limiter le risque de recevoir ces courriers ?
Hélas, votre adresse étant publique dans l'annuaire SIRENE, vous ne pouvez pas l'empêcher complètement. Quelques pistes :
- Utiliser une domiciliation professionnelle (société spécialisée) plutôt que votre adresse personnelle.
- Demander à l'INSEE la non-diffusion de votre adresse (formulaire disponible sur insee.fr, sous certaines conditions).
- Sensibiliser votre entourage (notamment si vous attendez du courrier important).
En résumé
Règle d'or : pour un auto-entrepreneur sans salarié, vous n'avez aucune inscription payante à faire après la création. Tout est gratuit via l'URSSAF, l'INSEE et l'INPI.
Si un courrier vous demande de payer pour une « obligation légale », c'est presque certainement une arnaque. Vérifiez toujours sur service-public.fr ou urssaf.fr avant d'agir.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. En cas de doute, consultez le site officiel de la DGCCRF ou un professionnel du droit.
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